Le parking c’est une ligne droite, blanche. Une corde. Ou plutôt des cordes, sécantes, épaisses et pourtant fragiles, à peine éclairées par le néon chancelant qui les surplombe.
Le macadam chauffé se rétracte à mesure que la nuit l’accapare ; il se croirait soudain vivant. Il se passe des choses étranges sur ce parking dont toutes les caméras ont été désactivées. On croirait un paysage immuable, où le temps s’est arrêté. Il s’affirme pourtant à quelques secondes de l’effondrement. Il ne tient déjà plus qu’à un fil : si l’on regarde bien, les droites se font courbes, la peinture immaculée se craquelle, la poussière recouvre tout, des racines le bosselle…
Infime mais déjà là, une picrocholine lutte des mouvements inverses qui tracent des échancrures, provoquent des effacements, induisent de petites déviations infimes qui font tout le charme d’une photographie aux lumières crues, saturées jusqu’à la violence.
Ce qui menace l’endroit, ce n’est pas la magie ou quelconque sort, mais la douceur surnaturelle et inquiétante du temps. Une force fantomatique qui se déplace à pas comptés, jouant à la marelle sur les lignes d’un parking devenu monde. As-t-on déjà vu une force tellurique, une puissance sans frein s’amuser du dégât ? C’est la voix d’Elise Dabrowski.
Elle se pique de faire s’écrouler les choses. Elle s’impatiente de se projeter dans les paysages qui attendent en souriant le moment de dégringoler. Ce sont aussi les feulements du trombone de Fidel Fourneyron et la basse sèche comme la pierre d’Olivier Lété qui aime se frotter au fracas. Et le provoque, parfois.
Entre animal et minéral, il y a la puissance hybride d’Elise Dabrowski. On l’a vu se glisser dans la peau d’animaux sauvages, puissante comme l’auroch, elle a ici la beauté mythique des gorgones qui saisissent sur place, d’une seule envolée lyrique sur « Il a plu » ou à la manière de Méduse, transformant tout en pierre sur les « Les êtres en quête ». On se pense pétrifié, et c’est une autre lame de fond qui secoue, une violente réplique qui naît dans une basse des bas-fonds et convoque un feu qui, bien que maigre, allume de nouveaux espoirs et attise la tempête. Le vent qui souffle sur le Parking a le pouvoir de tout bousculer.
« Avant, je voulais changer le monde, maintenant je ne pense qu’à ma place de parking » chuchote Elise. Et si tout cela n’était guère différent ? Franpi Barriaux

LineUp

Elise Dabrowski – Voix
Olivier Lété – Basse électrique
Fidel Fourneyron – Trombone France

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